Mon mal au dos ressemble à ceux des autres

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Le massage en kinesitherapie peut soulager les douleurs

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La lombalgie, le mal de dos, le lumbago ou le tour de reins désigne la même chose : une douleur intense dans le creux du dos. En terme médical, nous parlons de lombalgie commune par opposition aux lombalgies spécifiques, c’est-à-dire des douleurs de dos à cause d’autres maladies comme la scoliose, la spondylarthrite ankylosante, une fracture de vertèbre, une infection ou une tumeur vertébrale (C’est d’ailleurs pour écarter ces lombalgies spécifiques que les examens médicaux sont pratiqués).

Tout le monde à mal au dos

La lombalgie est une maladie commune. Sa prévalence (c’est-à-dire le nombre de cas dans une population à un instant t) est de plus de 60 % ! Et c’est pareil en Europe. Quand je croise deux amis dans la rue, l’un d’eux a eu mal au dos dans l’année. Et si un couple de connaissance nous rejoint, l’une de nous avait mal dans le dos le mois dernier : une personne sur cinq ! Et parmi nous, une seule n’aura pas eu de douleur : lorsque je mange à table le soir en famille, un seul d’entre nous n’aura pas mal au dos.

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Le mal de dos affecte quatre personnes sur cinq.
Les douleurs de dos affecteront, dans leur vie, quatre personnes sur cinq soit quasiment toute une famille.

Dans le monde, et au travail, c’est la première cause d’invalidité permanente partielle (qui mène à un reclassement ou un licenciement pour inaptitude) ;

Est-ce que c’est grave ?

La première chose à savoir est que la douleur est indépendante de la gravité du lumbago. Que ce soit pour Alain à qui la lombalgie arrache des cris à cause de douleurs fulgurantes, ou pour Bernadette qui appréhende de se tourner dans son lit tant les douleurs sont violentes, ce sont d’autres signes qui vont déterminer si la lombalgie est grave. Dans les deux cas, la douleur est importante et il faut la soulager. Cependant, même avec des douleurs fortes, la lombalgie peut être bénigne car l’un ou l’autre est indemnes de fracture ou de processus inflammatoires ankylosant.

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Les soins en kinesithérapie peuvent paraitre urgent quand on souffre beaucoup
Les douleurs peuvent faire penser que la lombalgie est grave. C’est rarement le cas.

Les signes de gravités d’une lombalgie sont appelés drapeaux rouges. Devant une douleur dans le dos, les signes cliniques à rechercher, pour savoir si c’est grave, sont :

  • Lombalgie survenant avant 20 ans ou après 55 ans.
  • Douleur constante progressive et non mécanique, accentuée en position couchée (qui ne s'améliore pas au repos). Une douleur mécanique est une douleur qui apparaît lorsqu’il y a une contrainte sur le tissu : quand, le doigt est coincé dans la porte, tant que celle-ci cherche à se refermer, j’ai mal au doigt ; une fois le doigt dégagé, la douleur mécanique a disparu au profit d’un autre type de douleur.
  • Notion du traumatisme violent.
  • Fièvre persistante.
  • Prise chronique de cortisone.
  • Antécédents de cancer.
  • Perte de poids inexpliquée.
  • Douleur irradiée dans la jambe ou autres signes neurologiques (syndrome de la queue-de-cheval).

Les lombalgies durent habituellement moins de trente jours : 90 % des lumbagos en accident du travail ont repris dans le mois. Pour les 10 % restant, un tiers des maladies se guérissent en moins de trois mois.

Certains malheureusement souffrent de douleurs lombaires plus de trois mois : ces patients souffrent de lombalgies chroniques (et un tiers des arrêts de travail de longue durée est dû à un problème de dos).

En fait de nombreuses études ont cherché à déterminer quels étaient les facteurs de risque d’apparition des lombalgies. Il en ressort quatre : l’âge, le manque d’activité et la sédentarité, les contraintes physiques liées à une activité professionnelle, domestiques ou de loisir, les facteurs de risques psychosociaux.

Les facteurs de risques psychosociaux sont des conditions de travail qui peuvent gêner la guérison ou qui peuvent empêche un retour serein au travail. Ce sont :

  • La croyance que la douleur du dos est nocive ou potentiellement gravement invalidante (catastrophisme).
  • Le comportement d'évitement du mouvement lié à la crainte de la douleur (kinésiophobie) et par conséquent une réduction de l'activité physique.
  • La présence d'un état dépressif, retrait de la vie sociale.
  • Des problèmes ou l'insatisfaction au travail.
  • L'attente que les traitements « passifs » (par exemple la prise en charge de la lombalgie chronique uniquement par le massage) vont soulager la douleur plutôt que l'engagement dans un programme de rééducation active ou dans une reprise de l'activité physique.
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Les premiers soins en kine sont important surtout contre la douleur
Comment faire pour éviter le mal de dos ? Que prendre comme résolutions ?

Comment l’éviter ?

Puisque tout le monde ou presque va avoir mal au dos au moins une fois dans sa vie. Il est important de savoir quoi faire pour avoir mal le moins longtemps et le moins souvent possible.

Une fois que nous savons, grâce au diagnostic du médecin, que le mal de dos est une lombalgie commune, que faire ? Chercher à diminuer les facteurs de risque.

L’âge

Pour l’âge, l’affaire est entendue. Cependant, savoir qu’avec l’âge, on risque d’avoir plus facilement des lumbagos est un enseignement. Intuitivement, nous le ressentons. Soyons plus vigilants avec l’âge.

Les contraintes physiques

Souvent, une seule posture ou mouvement est difficilement à mettre en cause. Des prédispositions naturelles, une autre pathologie vont s’additionner pour permettre aux contraintes physiques de déclencher ses lombalgies. Au travail, les risques les plus importants sont :

  • Les chutes, heurts et trébuchement : porter une charge importante et buter sur une marche ou un objet tombé au sol peut provoquer un tour de reins.
  • L’activité physique : une posture prolongée dans de mauvaise position, des gestes répétés dans de mauvaises conditions (travail cadencé) sont à même de provoquer des maux de dos.
  • Les vibrations du corps entier : c’est pour l’instant le seul facteur de risque reconnu comme pouvant déclencher une maladie professionnelle (à partir de cinq ans d’exposition à celles-ci).

Éviter ces risques est une démarche qui doit être faite par le salarié et l’employeur pour que cela soit efficace. C’est une démarche double qui demande souvent un regard extérieur à l’entreprise pour être efficace.

Le manque d’activité et la sédentarité

Voilà le volet sur lequel nous avons le plus d’emprise. Le manque d’exercices physique entraîne une perte d’habitude du mouvement. Ancien pratiquant d’arts martiaux, j’écarte à présent de moi l’idée de faire des chutes au sol ou des projections comme lors de mes vingt ans sans remise en forme préalable. Ces mouvements « extrêmes » ou extraordinaires ne sont plus pratiqués régulièrement si bien qu’une faiblesse ou une raideur peut s’installer. Cette raideur peut être une cause des lombalgies qui elles provoquent des douleurs lors des mouvements (comme Alain ou Bernadette). Et nous sommes tous pareils, à force de souffrir, nous développons une appréhension de bouger. Médicalement c’est une kinésiophobie : on peut l’évaluer avec un questionnaire rapide et individuel.

Cette peur de bouger entraîne une diminution de l’activité qui peut entraîner une raideur. Et hop ! On amorce un cercle vicieux. Il est donc important de bouger et de maintenir une activité dans les limites de la douleur. C’est-à-dire que même avec des douleurs dans le bas du dos, je vais chercher à mettre mes chaussettes même si cela va me prendre cinq minutes pour les enfiler. Je souffre, je suis dans un état anormal, je peux prendre plus de temps que d’habitude pour m’habiller.

Les facteurs de risques psychosociaux au travail

Ils sont souvent révélés par des phrases du type : « on m’en demande trop », « je ne suis pas aidée », « on m’impose tout ». En plus de la fatigue, ils entraînent une baisse de l’activité (et de l’entrain à son travail).

Selon l’INRS, les principaux facteurs psychosociaux sont :

  • Monotonie des tâches,
  • Forte exigence psychologique (quantité de travail, contraintes de temps),
  • Insatisfaction professionnelle,
  • Faible autonomie de décision,
  • Faible soutien social (relations avec les collègues et l'encadrement),
  • Manque de reconnaissance (perçu au regard des efforts fournis).

On peut comprendre les conséquences de ses problèmes : travailler sous pression excessive entraîne une augmentation des contraintes mécaniques sur la colonne ; l’absence de pauses ne permet pas de vraie récupération des muscles ; le stress altère le contrôle proprioceptif, c’est-à-dire que le muscle se contracte trop, ne se relâche pas bien. En plus, les structures (muscles, tendons, etc.) sous tension sont moins bien irriguées et le stress réduit les capacités de défense anti-inflammatoires.

Le nombre d’arrêt de travail est souvent plus important et le risque de passage à la chronicité(c’est-à-dire que les douleurs durent plus de trois mois) est augmenté. Ces risques-là favorisent les lombalgies qui durent et pour les prévenir, cela demande une analyse et une réflexion sur le fonctionnement de l’entreprise. Ces réflexions sont souvent réalisées par des professionnels qui sont capables de l’accompagner dans ces changements.

La lombalgie, une prévention complexe

La lombalgie et sa prévention sont complexes car plusieurs facteurs peuvent agir de concert. Pourtant, elle touche énormément de personnes. À titre individuel, les actes simples pour diminuer le risque d’apparition sont de bouger. À cet égard, je vous renvoie à l’article de la Sécurité sociale.

Ce soir lorsque je serai en famille à table, un seul d’entre nous n’aura pas mal au dos durant toute sa. Le meilleur moyen pour que les autres aient le moins de douleurs, c’est de bouger : alors on bouge tous ensemble, tous au parc !